Photo de couverture : Beatportal

Ça ne sera jamais un sujet facile à aborder. Passée sous silence pendant des années, l’omerta des violences sexuelles envers les minorités se brise peu à peu.

#Metoo aux USA, #balancetonporc en France, #Aufschrei chez nos voisins allemands… une vague de # qui a libéré la parole des victimes de harcèlement dans le cinéma, entraînant un effet tsunami dans les milieux sportifs et culturels. Sarah Abitbol, célèbre patineuse, a publié un livre sur son vécu qui a ébranlé le monde du patinage et a entraîné la prise de parole d’autres victimes. Dans le milieu musical belge, trois femmes désireuses de rester anonymes, ont dénoncé les agissements du rappeur Moha La Squale, encourageant d’autres victimes à parler, comme celle (toujours anonymement) qui accusera Roméo Elvis, aussi rappeur.

Restons dans l’univers de la musique et allons dans celui de l’électro. Un monde où vous serez sûr.es de trouver votre place. Des beats de 126 à 135bpm prêts à vous faire taper du pied, des soirées unerdground jusqu’à pas d’heure, des styles plus qu’extravagants et une passion commune pour une seule chose: la musique. 

Tout beau, tout rose… Mais, comme vous vous en douter vu l’intro, ça n’est pas de ça dont nous allons parler, mais plutôt du sombre background qui l’accompagne.

En septembre 2020, c’est contre Derrick May, célèbre DJ américain, qu’une série d’accusations tombe. Des dizaines de témoignages l’accusant de violences sexuelles sont regroupés et publiés sur Facebook par Michael James, un de ces anciens collègues.

Elles sont démenties par l’intéressé dans un post Facebook où il décide de dénoncer le racisme de l’industrie musicale, évoquant une « militarisation de la sexualité des hommes afro-américains ». Se servir d’une cause pour en desservir une autre… Mais la quantité astronomique de témoignages à son encontre laisse à douter de son innocence… 

On peut également évoquer l’histoire du producteur ‘Bassnectar’, qui a éclaté au grand jour cet été. Un compte Instagram @evidenceagainstbasssnectar recense des dizaines d’accusations graves contre le musicien. On soulignera l’importance des réseaux sociaux dans cette libération de la parole, outils phares pour expression libre. 

Derick May – Guetapan

Un peu moins récemment, c’est l’artiste italien Puzupuzu qui a était accusé d’agression en 2019 et qui a aujourd’hui purgé sa peine. Son collectif, Qui Embrouille Qui, a communiqué le 18 mai dernier sur Facebook, annonçant son départ suite aux faits énoncés. Le collectif cherche à rendre l’affaire publique pour encourager la prise de parole et le revendique clairement; ‘La transparence est plus que jamais nécessaire pour faire évoluer la situation dans nos milieux’.

C’est la grande DJ britannique Rebekah qui saute à l’eau en première. Galvanisée par cet élan mondial, elle décide de créer son propre mouvement metoo, #forthemusic. Lancé sur les réseaux le 23 septembre, le # accompagne une lettre ouverte écrite par la musicienne. Celle-ci fait par de sa propre expérience et de l’omniprésence de ses violences, de son engagement pour faire bouger les choses  mais surtout appelle tous les artistes/fans à faire de-même et à se soulever ensemble pour une justice égalitaire, et pour tous.tes.

Mais ça n’est pas tout, afin d’encourager, d’aider et de répertorier les accusations, Rebekah lance le site ‘Metoo #forthemusic’. Le concept est simple: quiconque veut témoigner peut envoyer son histoire par mail, pour quelle soit ensuite publiée anonymement dans la rubrique « testimonials ». Cela permet de visibiliser les violences sexuelles, a pour but de continuer à libérer la parole des victimes. 

Le site propose d’autres contenus intéressants: une page consacrée à l’explication et la définition du harcèlement, une autre consacrée aux victimes masculines, moins nombreuses mais aussi présentes et souvent oubliées. 

De nombreuses ressources sont également disponibles afin de donner plus d’informations et de contenu à ceux qui veulent en savoir plus concernant les histoires de harcèlement dans le milieu de l’électro. La dernière rubrique, ‘get help’ est surement l’une des plus importante. Elle recense, en Europe et à travers le monde, des associations ou encore des numéros de téléphone auxquels les victimes de harcèlement peuvent s’adresser pour obtenir de l’aide.

Cette montée en puissance des victimes qui ne se laissent plus faire et qui osent parler haut et fort permettra-t-elle re régler un problème ancré dans nos sociétés depuis si longtemps? On ne sera jamais sûr.es de rien, mais ce qu’on peut vous dire, c’est qu’elles sont en bonne voie pour se faire entendre et pour faire évoluer les choses. La prise de parole des victimes permet à la honte de changer de camp. On la reporte sur ceux qui ont agressé, et non pas sur ceux qui ont subi.

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