En temps normal, l’été strasbourgeois est ponctué de soirées et d’évènements festifs en tous genres, avec une variété de proposition qui met toujours tout le monde d’accord. Mais cette année alors ? Comment les jeunes (et les moins jeunes) de notre ville ont-ils fait pour assouvir leurs envies de fête ? Pas de Salamandre ni de Café des Anges, fini les sets nerveux jusqu’à l’aube du Kalt ou du Studio Saglio, sans parler de nos traditionnels festivals d’été.

La fermeture de ces lieux cultes a encouragé les Strasbourgeois à investir les espaces aménagés par la ville. On s’est alors rendu au campus universitaire, sur les quais puis directement chez vous. On nous a parlé de grosses soirées… Faites pas genre !

Pour commencer, quoi de plus normal que d’aller voir ce qu’il se passe du côté des étudiants, sur le Campus. On est allé vous rencontrer pour récolter les témoignages de celles et ceux qui ont passé leur été à Strasbourg.

« C’est vrai qu’on est beaucoup venu au campus cet été, mais c’est pas la première fois non plus. On cherche juste un espace tranquille où faire ce qu’on veut sans déranger personne. Ce qui me fait marrer c’est qu’on était là tout l’été avec nos enceintes, mais personne n’a profité du concert « campus alternatif ». Avec mes potes on était tous au Public House… C’est absurde ! »

« Avant cet été, je venais très rarement ici. Depuis que les établissements sont fermés à partir d’une certaine heure, c’est devenu l’endroit par défaut où aller faire des soirées. On pensait être à l’abri des flics là-bas, mais c’est la sécurité de la fac qui nous demandait de partir. Au mois d’août, les lumières s’éteignaient dans la nuit sur le campus. On s’est direct dit que s’était pour nous dissuader de venir. »

Après vous avoir rencontré.e.s, ce sont les agents de sécurité présent.e.s sur le campus que nous avons questionné.e.s. Il s’agit d’une société privée, nommée ‘Sécuris’, et employée par la faculté de Strasbourg. La première chose qu’on a voulu savoir, c’est si vos doutes étaient avérés. Eh bien non ! Il s’agirait de problèmes techniques dans le circuit d’électricité de la ville.

Le responsable de l’équipe, qui travaille depuis 4 ans pour la sécurité du campus (malgré les changements de sociétés) nous raconte: 

« Le jour du déconfinement, je n’ai jamais vu autant de personnes sur le campus pour un jour sans évènement. Il y avait aisément 400 à 500 personnes. Des policiers sont venus en renfort pour gérer la situation mais il n’y a pas eu de débordement. On essaie d’être dans le dialogue avant tout ». 

Pour le reste de l’été, c’est selon lui une fréquentation normale du campus, si ce n’est moins. Il suppose une peur de sortir à cause du virus. Mais il soulève deux points qui nous intéressent: contrairement aux autres années, la plupart de ceux qui viennent sont des strasbourgeois.e, qui seraient plus déterminé.e.s à s’amuser. Plus d’alcool, plus de bruit… On peut imaginer que les plus fervent.e.s fêteur.euse.s sont venu.e.s se réfugier au campus.

Les objectifs des agents sont multiples: s’assurer que ce lieu de vie reste sécurisé, mais aussi gérer les nuisances sonores. Certains agents de la faculté sont logé.e.s sur le campus, à l’année. Pensant trouver un lieu où ils ne dérangeraient personne, les jeunes se sont retrouvé.e.s confronté.e.s à des allers et retours des agents de sécurité, qui leur demandaient de quitter les lieux qu’ils s’étaient appropriés. Le responsable nous rappelle tout de même que chaque intervention s’est faite dans un respect mutuel. Pas de négociation, pas d’énervement… Et même du rangement !  Les habitant.e.s du quartier pouvaient reprendre possession des lieux au petit matin.

Parlant de possession des lieux, parlons de la faculté elle-même. Septembre rime avec rentrée, rentrée rime avec soirées. 

Mais comment la fac de Strasbourg va-t-elle gérer ça? Eh bien, à merveille ! Une alliance entre la fac et le CROUS a permis l’organisation de la soirée « campus alternatif » le vendredi 4 septembre. Un concert qui se déroule habituellement au cours de la fête de la musique, le 21 juin. Cette année, la fréquentation est plus étudiante que familiale, une évidence au vu de la période !

Et du côté des quais, ça se passe comment ?

On sait déjà qu’il s’agit d’un lieu animé de Strasbourg, Corona ou pas. Vous avez été nombreux.ses à nous le dire !

« On est là quoiqu’il arrive. Ça fait longtemps qu’on vient se poser ici et le déconfinement n’y est pas pour grand chose. En tout cas, on s’éclate toujours autant et on retrouve la même chose chaque année ! Le partage, la joie de vivre … » 

« Nous, on vient de Colombie, on est à Strasbourg depuis 1an. Dès le début on venait ici pour nos soirées, et rien n’a changé, si ce n’est qu’il y a beaucoup plus de monde depuis la rentrée! C’est cool, ça permet de faire de super rencontres. » 

Dès que le soleil tombe, que la température redescend, les quais commencent à se remplir. Les groupes de jeunes arrivent par dizaines, bien équipés pour l’apéro. Minuit passé, on aperçoit les vodka à 5e achetées à Khel. Des fois un peu de Krauter … Ça se balade, ça boit, ça écoute de la musique, ça danse… Un début de week-end plutôt banal. 

On a continué de chercher et on a quand même trouvé des petit.e.s nouveaux.elles ! Fraîchement strasbourgeois.e.s ou squatteur.euse.s novices.

« Perso, je viens d’arriver à stras (il y a 1mois). La plupart de nos soirées, c’était ici, quand on en a eu marre des bars et qu’on avait plus d’appart. Avant, on faisait before-boîte, maintenant on fait before-quais. »

« De notre côté, on vient ici quand on n’a pas d’appart. Par contre, je dirai plutôt qu’il y a moins de gens, ou du moins, moins d’interaction. Après avec la rentrée, la fréquentation a de nouveau explosé! C’est cool parce qu’on croise souvent des gens qu’on connait! »

Bon, après tout ça, on avait plus d’autre choix: comment se passent ces fameuses teufs en appart? 

Elles ont l’air assez recherchées dans ce nouveau monde de la nuit et vous avez l’air d’en avoir bien profité. Encore une fois, on écoute ce que vous avez à dire: 

« C’est vrai que comme on a plus de club, les soirées c’est plutôt en appart; les gens sont plus déter à bien organiser des trucs en inté. avant c’était souvent des befores, maintenant ce sont des soirées plus longues où les gens se chauffent plus. Je trouve même qu’il y a une évolution du son que les gens écoutent, plus de house et de techno alors qu’avant c’était principalement commercial. Y’a plus de mélange des styles! »

« Depuis le début du déconfinement, j’ai fait beaucoup plus de soirées en appart, tout simplement parce qu’il n’y a quasiment pas de soirées organisées à l’extérieur (ni en boite ni ailleurs) donc dès qu’il y a des soirées, c’est chez quelqu’un. Je dirai pas qu’il y ait plus de soirées en appart mais plutôt que les gens en ont plus envie lorsqu’ils ont l’occasion, à défaut de pouvoir aller en boîte. » 

Quelques mots de l’organisatrice de la soirée : 

« Les gens sont super déter à venir en soirée, ils sont tous hyper respectueux par rapport aux voisins, à l’appart, alors que ça pourrait partir en cou*lles quand on est une trentaine ou une cinquantaine ahah! Niveau ambiance, tout le monde se chauffe à danser, mais ça c’est aussi parce que j’ai créé un dance floor à mes deux dernières soirées, ça donne plus envie ! Pour le bruit, on a eu 0 problème, que ça soit avec les flics ou avec les voisins. »

Justement, en parlant des flics, on s’est dit qu’on pourrait les appeler. Pas pour balancer, no stress, mais pour savoir si VOUS vous faisiez balancer! Plus de soirées = plus de plaintes? Pas forcément.. On est tombé sur leur service de communication, qui nous a dit qu’ils n’avaient pas remarqué de changement. Le seul constat à ce niveau date du confinement : leur ligne téléphonique a été assaillie d’appels de personne dénonçant leurs voisins, pour réunion illégale en période de pandémie. Ah la délation…

Finalement, avec la fermeture des établissements de nuit, on peut dire qu’on est tous.tes redevenu.e.s mineurs… À la recherche d’endroits pour s’amuser entre potes, pourquoi pas avec quelques verres. Vivement avril 2021 ! 

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