Voilà à présent six mois que les clubs sont à l’arrêt. Six long mois qui auront déjà eu raison de 300 établissements à travers la France. Contraintes de cesser toute activité le 14 mars à minuit, au même titres que les restaurants ou que la plupart des commerces, elles n’ont pas été autorisées depuis à recevoir de nouveaux clients. En découle aujourd’hui une situation «dramatique » pour beaucoup de gérants.

Si à la fin des années 80, la France comptait 4000 boîtes de nuit, leur chiffre a bel et bien fondu depuis l’interdiction de fumer et les nouvelles réglementations concernant l’alcool. La pandémie et la distanciation sociale semblent avoir porté le coup de grâce au modèle de nombreux établissements dont la situation était déjà fragile. Aujourd’hui, les discothèques françaises représentent 1600 établissements qui embauchent 25.000 personnes, toutes complètement à l’arrêt.

D’un côté, il y a une réelle incompréhension des propriétaires d’établissements. Certains affirment être capable de garantir le respect des gestes barrières au même titre que les bars, les salles de sport ou les magasins, et ce par l’installation d’une VMC adaptée, du contrôle de la jauge et bien entendu la mise en applications des gestes barrières, le port du masque notamment.

Oui parce que d’un autre côté, la fermeture des établissements entrainent aussi des problèmes bien moins évidents à contrôler, à commencer par ce qu’on pourrait appeler la « résistance ». Free party, soirées en appartements ou évènements privés, quand est privé de quelque chose, on a tendance à s’organiser pour se le procurer par un autre moyen. On se souvient de début août en Lozère, Une rave party s’est installée sur un champ, attirant plus de 10.000 personnes alors que les manifestations de plus de 5 000 individus restent interdites en France pour éviter la propagation de la pandémie.

La rave qui s’est déroulée en Lozère – France Bleu

Une fermeture qui pourrait se prolonger jusqu’en avril 2021

Aux dernière nouvelles, le monde de la nuit n’est pas au bout de ses peines. Le régime transitoire, qui avait été voté en remplacement de l’état d’urgence sanitaire le 11 juillet, pourrait être prolongé. Sa date de fin étant prévue le 30 octobre, Jean Castex voudrait le reconduire pour 5 mois, selon une interview accordée à France Inter. Si ce régime accorde moins de moyens que l’état d’urgence, il ne permet cependant toujours pas l’ouverture des établissements de nuit.

Pour le premier ministre, il s’agirait de prendre toutes les précautions possibles avant l’arrivée de l’hiver afin de gérer au mieux l’épidémie de grippe, en plus de celle de Covid, et d’éviter une deuxième vague. Il faudra attendre l’avis du parlement avant de savoir si le projet de prolongation est confirmé ou non.

À Strasbourg, les patrons d’établissements réclament un traitement égalitaire

Il y a peu, nous avions rencontré Flipper Barina, le propriétaire du Next qui nous partageait ses inquiétudes. Pour Mathieu, le gérant du Café des Anges à la Krutenau, la sanction est tout aussi difficile à digérer :

« Avant on avait plein de mails et de messages de personnes qui nous soutenaient et nous demandaient quand est ce qu’on allait réouvrir, et plus le temps passe, moins on en a, comme si les gens s’étaient habitués à la situation et avaient trouvé des lieux de substitutions.

Quand on regarde comment ça se passe actuellement, on ne peut que se sentir un peu floués. On voit bien que c’est un peu l’anarchie, tout le monde fait un peu ce qu’il veut, et les bars ont en quelque sorte pris notre boulot. C’est une sorte d’hypocrisie, parce qu’au final ils font un peu la même chose que nous, sauf qu’ils n’ont pas les même horaires. Qu’on soit d’accord, nous n’avons rien contre les bars qui essaient simplement de garder le cap, nous en avons après les décisions qui sont prises au niveau du gouvernement. Aujourd’hui, on est condamné à rester fermé parce qu’ils considèrent que le respect des gestes barrières n’est pas compatible avec notre profession. Je ne veux pas leur jeter la pierre, je vois comment ça se passe ailleurs, quand tu vends de l’alcool et que tu mets un peu de musique d’ambiance, ça va très vite. Ce qu’on réclame simplement, c’est une égalité et de la justesse. Soit on ferme tous les établissements à minuit, soit ou nous permet d’ouvrir, mais il ne peut pas y avoir de traitement à deux vitesses.

Depuis le mois de mars, je n’ai obtenu qu’une fois une aide 1000 euros. Le prêt garanti par l’état, c’est un pansement, pas une aide, il va falloir le rembourser à un moment ou un autre. Il y a le chômage partiel pour mes salariés, mais les charges fixe, le loyer, on continue de le payer tous les mois. 

Même si on a conscience de la crise du Covid et des contraintes que ça entraine, on ne veut pas se sentir responsable de tout cela, on a l’impression aujourd’hui d’en être les coupables. On est un des rares métiers qui est encore à l’arrêt, on ne nous donne même pas la possibilité de prouver que nous aussi on à la possibilité de faire appliquer les gestes barrières et de s’adapter, comme les autres.

On s’est proposé pour réaliser cette petite vidéo avec mon frère, c’est une idée issue d’une réunion avec les autres patrons d’établissements. L’objectif est de faire parler de nous, qu’on ne nous oublie pas. C’est pas dans la nature de notre profession de dramatiser les choses, au contraire on est dans le festif normalement, mais là on a juste besoin d’aide. Avec une pareille absence de visibilité sur l’avenir, nous avançons dans un quotidien avec un poids plus particulièrement inconfortable« . 

Une vidéo légère, pour un message lourd de sens qui se passe de commentaires :

Quand tu fêtes les 40 ans du patron ou la nouvelle stache du daron, c’est nous ! Quand tu lèves ton verre pour fêter la fin de tes études et le début de ta nouvelle vie, c’est nous ! Quand ça connecte entre vous et… tu vois ce que je veux dire, encore nous ! Nous, nous sommes 100 000. Et pourtant sans vous on se sent vraiment seul… Tout est dit !

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