Il n’y a pas que sur Tinder que le physique compte. À la porte des clubs et des bars aussi, c’est le faciès qui régie tout. Le Pape François, Vin Diesel ou Al Capone eux mêmes ont un jour tenu une porte de club, avec le pouvoir suprême du « oui » ou du « non » entre leurs lèvres, c’est pour dire !

Videurs, portiers, physionomistes, agents de sécurité… Il y en a qu’on déteste et d’autres à qui on est fier de claquer les bises à l’entrée. Ce qui est certain, c’est qu’ils sont des garants essentiels du bon déroulement de nos soirées, et parfois même les régulateurs de nos excès. Ils et elles sont les premières personnes que l’on voit en arrivant, mais aussi la dernière image que l’on gardera en partant. Finalement, ils sont nos seuls filtres à problèmes durant ce laps de temps.

C’est là que se situe toute la difficulté. Sans clients, pas de soirées, difficile ainsi de dégainer des refus à tire larigot. Le physio doit savoir analyser une attitude, un comportement, les interpréter et les traiter de la bonne manière, tout en intégrant une clientèle adaptée à l’ambiance et à la renommée du club. Autre qualité indispensable, il doit savoir faire preuve de patience. Je ne vous fait pas de dessin; entre les gens super bourrés, ceux qui cherchent les embrouilles et ceux qui te tiennent la jambe, un master 2 en méditation est vivement recommandé.

En toute cohérence, il doit aussi être impartial, savoir prendre des décisions et agir rapidement. Après, qu’on se le dise, souvent quand une bagarre éclate, le videur…vide ! Sans faire de différence entre le bourreau et la victime. Tout le monde dehors, comme ça on est sur de pas se planter, et c’est plutôt compréhensible.

Comme partout, comme pour tout, il y en a des bons et des mauvais, et ma démarche dans cet article consiste à apporter une grille de lecture de la profession différente, au moins à l’échelle locale. Parce qu’on est plein à avoir le seum de s’être fait recaler, persuadés de ne pas avoir été respectés un soir ou un autre, et plein convaincus que « nous avions raison », et « qu’il avait tord » !

Alors, parce qu’on entend beaucoup trop les frustrés et pas assez ceux qui sont pointés du doigts, je suis allé rencontrer ces strasbourgeois que vous avez déjà pu croiser à l’entrée de vos club préférés. Je leur ai laissé la parole, sans trop leur poser de questions. J’ai écouté leurs histoires et leurs revendications, et je les ai capturé pour vous les rapporter.


Marie : physio, portière, manager et barmaid un peu partout dans le monde dans les années 90-2000

« J’étais jamais allée en Amérique du sud et c’était une destination que je convoitais beaucoup. En 2005, quand j’ai eu l’opportunité d’un job à Caracas pour l’ouverture d’un nouveau club, je l’ai immédiatement saisi. Lors de l’inauguration, c’était complètement blindé, il y avait tous les hauts placés de la ville, c’était hallucinant. C’était encore sous Hugo Chavez à l’époque donc il y avait plein de ses militaires, des hauts gradés et des gens importants. Et il s’avère qu’un opposant à Chavez qui militait dans son dos pour le faire tomber s’était glissé dans la foule. Lui aussi trainait avec des gens importants de l’opposition. Moi, je ne connaissais absolument rien ni personne, je venais de débarquer. Quand le mec à été repéré, il y a une cinquantaine d’hommes de la Milice de Chavez qui ont débarqué pour l’arrêter avec des fusils à pompe. C’était juste hallucinant. Déjà, les mecs avec qui je bossais à la porte étaient armé de mitraillettes, mais là c’était la totale. Quand la millice a débarqué, on avait juste à se taire, se mettre de coté et attendre. Le mec à été sortie et embarqué en 15 minutes, avec un sac sur la tête ! C’est le genre de moment qui marque ».


« Physio, c’est sympa et enrichissant comme expérience, mais c’est dur. Quand on a des consignes précises, il est parfois difficiles de justifier leur application auprès de certains publics. Être détestée et rester impassible, c’est très dur, j ai vraiment pas aimé. Mais c’est une expérience qui m’à permise d’acquérir un certain détachement par rapport aux gens en général. Après, c’est une certaine psychologie à adopter, être ferme et en même temps pas trop sèche, jauger le ton au plus juste. À Miami ce fut le plus compliqué, on ne sait jamais sur qui on peut tomber, j’ai évité de justesse un scandale pour avoir refusé l’entrée à un « fils de… » car il avait le nez blanc…. Je me suis faite reprendre…. Et virer !!« 


« En Allemagne, les business sont généralement tenus par des locaux qui ont des gros systèmes de fabrication et de distribution, et également par la mafia Turque qui est très présente comme en Suisse. En 1996, je bossais à Stuttgart pour une soirée privée qui se déroulait dans un chalet pommé du Schwarzwald, et il se trouve qu’à ce moment il y avait une pénurie de matos sur Stuttgart, donc les mecs étaient un peu à la rue. La mafia Turque à eu vent de l’organisation de cette soirée, et connaissant l’organisateur -un patron d’un club de la région- et le type de clientèle qui allait être présent, ils savaient qu’il y allait avoir du pognon. En pleine soirée, ils ont débarqué à une vingtaine et ont commencé à braquer les gens avec des flingues sur le parking pour les racketer, ils voulaient leur matos et leurs portefeuilles. On a été obligé de tenir un blocus du chalet en gardant les gens à l’intérieur, le temps d’appeler les flics parce qu’ils avaient encerclé tout le bâtiment, ils tapaient sur les portes et fenêtres, des coups de feu ont été tiré… On a attendu comme ça pendant presque une demie heure c’était vraiment flippant ».


« Dans le début des années 2000, j’organisais une soirée pour Halloween à la Villa Venezia pas loin de Mulhouse, une villa type italienne de la renaissance, avec une super architecture. Au beau milieu de la nuit, une fourgonnette pleine de flics a débarqué pour chercher la petite bête, ils voulaient contrôler toutes les autorisations, le personnel, voir si tout était aux normes. Allez savoir pourquoi, au lieu de se garer sur le parking comme tout le monde, ils ont stationné leur véhicule sur la belle pelouse de la villa. Seulement voilà, comme souvent à cette période, il avait plu ! Je vous laisse imaginer la suite : la camionnette s’est embourbée complet, impossible à bouger. Ils sont revenus tout penauds demander de l’aide. Je me suis retrouvée au volant de la fourgonnette de police, pendant qu’eux poussaient derrière, c’était un vrai sketch, tout mon staff était mort de rire derrière. Ils sont repartis après avoir signé un papier en laissant leurs coordonnées, pour la remise en état de la pelouse pour le proprio, et couvert de gadoue, c était magique ! »


Hatem : 15 ans de porte à Strasbourg et gérant de sa société de sécurité depuis 2019

« Une fois j’étais à la porte d’un bar, j’ai capté un mec un peu louche qui n’arrêtait pas de faire des aller retour. Je l’ai suivi discrètement jusqu’aux toilettes et j’ai entendu un échange, ça parlait de MD. Je l’ai attrapé et je lui ai dit que c’était pas possible de faire ça ici, on a échangé et il m’a dit qu’il sortait de prison, qu’il avait besoin de se refaire et m’a demandé de ne pas appeler la police. Je lui alors dit que je le laisserai tranquille, mais qu’il allait devoir sortir lui et ses complices si il en à l’intérieur. Il m’a remercié, et m’a demandé quelques instant pour chercher les personnes avec qui il « travaillait », à la sortie, j’ai eu la surprise de voir qu’ils étaient toute la famille. Le mec, la nana, sa mère, son cousin, c’était une vraie organisation. C’est le genre de groupe presque impossible à déceler, j’avais jamais vu ça avant ». 


« Notre pire hantise en tant que portier, c’est les armes; à force d’années passées à la porte, tu développes ton propre scanner. En deux secondes, tu peux capter si quelqu’un est une menace. L’attitude, la tenue, l’haleine, le regard, la gestuelle. Et si j’ai un doute, je recale, il s’agit de ne prendre aucun risque, et de faire confiance à son instinct de pro. Après ce qui joue beaucoup, c’est le directeur de l’établissement. Certains cherchent la qualité, d’autres la quantité, d’autres encore, les deux. Il faut que les caisses de l’établissement soient assez remplies, c’est normal. C’est compliqué de trouver le juste milieu. Il faut aussi souvent gérer le nombre de filles par rapport le nombre de garçons. C’est important, quand on a passé trois heures à se faire beau pour trouver quelqu’un, qu’on rentre dans un club et qu’il n’y a que des groupes du sexe opposé, ça peut décevoir ».


Emmanuel : 8 ans de porte à Strasbourg

« Dans le genre de trucs improbables qui me sont arrivés : Je bossais dans un bar gay à l’époque, on était deux à la porte. Il y a deux travelos qui sont venus, plutôt sympathique mais très grands, même plus que moi avec les talons, ils avaient une mini jupe, de grands talons aiguilles de 15 cm et un marcel dont les poils du torse s’échappaient. Pourquoi pas, c’était dans le thème de la soirée, ils étaient complètement bienvenus. Au bout d’un moment, l’un deux est allé aux toilettes. Il a entendu des gens qui baisaient dans les toilettes d’à côté. Il a alors voulu monter sur la cuvette de ses chiottes pour épier les ébats d’â côté. Sauf que le mec devait faire un bon 110 kilos, et en s’appuyant, il a percuté les toilettes avec un talon aiguilles et ce dernier s’est complètement fendu et a commencé à régurgiter. J’ai du arrêter la soirée à cause d’une inondation parce qu’on trouvait pas l’arrivée d’eau. C’était que du bonheur ».


« Il y a quelques années, je bossais pour une soirée privée à Colmar, jute à coté d’un camp de gitan. La soirée était déjà très compliquée, les gens étaient agités et l’ambiance était assez tendue. À un moment, 7 bonhommes du camp d’â côté ont débarqué à la porte, chaussettes, claquettes, canettes de bière en main, enfin bref, impossible de les faire rentrer. Il s’est avéré qu’ils étaient complètement bourré, et c’était en fait leurs femmes qui les avaient envoyé pour nous demander de baisser le volume. S’en est suivi un échange assez houleux, mais nous avons abdiqué et décidé de baisser le son, après tout on était a côté de chez eux, c’était compréhensible. Les mecs sont partis, mais l’un d’eux est revenu quelques minutes après, il était vraiment bourré, déterminé à rentrer et vraiment casse couilles. Je suis monté au créneau, il y a quelques menaces qui partent et au bout d’un moment il me dit « tu sais quoi je vais voler une voiture, et je vais la renter dans ta boîte de merde ». Du coup je me suis dit « chiche », pas possible que le mec soit assez fêlé pour faire ça, et puis j’avais pas trop le choix en même temps. Il est parti sur le parking à côté, et je l’ai vu essayer de rentrer de force dans plusieurs voitures. Au bout d’un moment, il a réussi à forcer une vieille Clio, il est rentré dedans, il l’a câblé, ramené devant la boite, puis il a enlevé les vitesses, mis les phares et commencé à chauffer l’accélérateur. J’ai appelé les flics mais ils ne sont jamais venu, heureusement le mec s’est calmé tout seul au bout d’un moment, on a eu un petit coup de frayeur ».


Plus d'articles