Que tu sois un petit Padawan des dancefloors ou un chevalier Jedi de la night, si tu as moins de 30 ans, tu ignores probablement que l’accès désormais si facile au clubbing électro du week-end est le résultat d’une évolution chaotique, modelée au fil des années par des précurseurs strasbourgeois du genre et par l’influence de clubs mythiques aujourd’hui disparus. Ces lieux originels ont permis à tes parents ou à tes potes clubbers un peu plus âgés que toi, d’aller user les semelles de leurs Buffalos à une époque où ce mouvement appartenait encore à une vraie culture underground, bien loin de son entrée dans le mainstream et de la récupération commerciale dont il fait l’objet ces dernières années. 

Je te propose un petit saut dans le passé, à une époque où les smartphones, les GPS, et les réseaux sociaux n’existaient pas, et où la soif de décibels rythmés et ce besoin d’entrer dans cet espace-temps où les minutes et les heures n’existent plus ne pouvaient s’assouvir complètement qu’en changeant de pays ! 

Plongée dans les soirées techno d’il y a 30 ans !

A Strasbourg, la toute première soirée House a lieu à l’Ecole d’Archi en 1988. Aux manettes de la soirée, les 3 seuls Djs du coin à posséder un peu de House dans leur bac à disques : Tal Stef, Kalu et Master Geï. « Une grande première dans notre ville, qui réunira + de 500 personnes : des étudiants, mais aussi toute une faune fashion, gays, fêtards et premiers aficionados de house. Mémorable ! » (Stéphane)

Au début des années 90, les premières raves débarquent d’Angleterre et font (timidement) leur apparition en France. Mais cette incursion reste discrète et la plupart des clubs français sont encore totalement fermés à la House et à la Techno. Seuls les tubes de la bande FM disposent d’un droit d’accès aux playlists des Djs, qui s’autorisent parfois des incursions rock, disco, dance et new-wave. La French-Touch (très parisienne), qui est en train de se constituer lentement grâce à des artistes comme Laurent Garnier, Erik Rug ou Guillaume la Tortue, reste encore très marginale et ne s’exprime que dans quelques points névralgiques de la capitale. 

Niveau clubbing strasbourgeois, seuls les établissements ouvertement affichés « gay et gay-friendly » franchissent le pas et choisissent de rompre avec la musique généraliste des discothèques classiques. Ainsi, les pistes du Carré Blanc, du Magasin, du Warning, de l’Apollo et du Rock’s Academy accueillent dans leur sous-sol torride de plus en plus d’infatigables danseurs de tout âge, de tout milieu  et de tout genre, réunis par leur attirance pour ces nouveaux sons sortis tout droit des entrailles des TB-303 de Chicago. L’Acid House a enfin sa place (même limitée) dans la nuit de la capitale européenne, et donne à ses premiers fans l’occasion de se déhancher sans complexes, sans jugements et jusqu’à pas d’heure sur sa rythmique si particulière. 

Cette époque est également marquée par la naissance des premiers afters strasbourgeois, éternels pourvoyeurs de sons électroniques, mais qui disparaitront à la fermeture du Rock’s, pour réapparaître sporadiquement et de façon plus ou moins officielle des années plus tard. 

Au fil des mois, une Techno un peu plus « dure » réussit à s’insérer dans le paysage culturel Strasbourgeois. En 1992, la première rave organisé au Parc Expo du Wacken , « Respect for France » réunit Laurent Garnier, Deepside (devenu Saint Germain) et le Dj strasbourgeois Tal Stef.  

Si tu veux voir à quoi ressemblait la soirée, ou si tu penses pouvoir y reconnaitre la bouille de ta tatie ou d’un de tes potes, voici une vidéo filmée avec les moyens de l’époque

En 1994, la première édition de la mythique Got Milk se tient dans la toute nouvelle Laiterie (= origine de son nom ) sous l’impulsion d’un jeune Dj fan de Hardcore, Benji la Malice. L’incroyable popularité de cette rave «officielle» l’obligera rapidement à migrer au Hall Rhénus afin d’accueillir un nombre de technophiles de plus en plus important (10 000 personnes présentes à la dixième édition en 2000), prouvant ainsi définitivement que l’engouement du public pour la Techno est loin d’être un feu de paille. 

Got Milk 2

Cette époque marque également la naissance des premiers collectifs indépendants qui, sous forme d’associations officielles ou de simples bandes de potes passionnés de sons, proposent à un public d’initiés des soirées à taille humaine et sans la «récupération commerciale» qui commence à être reprochée aux grandes raves party officielles. Les soirées se tiennent dans des lieux aussi inattendus que des bunkers situés aux entrées de la ville, des clairières ou des rocades de routes en construction.

Flyer « Soirée Bunker », 1996

Lien : https://www.absurde.com/parties.htm

Malgré cette énergie collective et ces débuts encourageants, un doux parfum de répression commence à se faire sentir dans l’air strasbourgeois. La Techno n’a pas bonne presse en France, et notre ville n’échappe pas à la règle ! En 1995, une circulaire du Ministère de l’Intérieur cite «les soirées-raves comme des situations à hauts risques» et encourage «une approche policière privilégiant la prévention mais n’excluant pas la répression».

Du fait de leurs accointances avec le milieu techno, Le Rocks, l’Appolo et le Warning se retrouvent dans le collimateur des autorités. La police y fait ponctuellement des « descentes » inopinées, et l’un d’entre eux fait l’objet de fermetures administratives régulières. 

Un réel problème se pose alors. Pour beaucoup d’entre nous, avoir mis le pied dans ce milieu et avoir découvert cette musique nous a rendu accros, et nos pensées de la semaine oscillent maintenant quasi en permanence entre le souvenir de la dernière soirée et l’attente de la prochaine. Comment contenter les fans avides de sons que nous sommes devenus, alors que les events des collectifs indépendants sont encore trop rares, et que la survie des clubs cités plus haut commence à être compromise ?? 

La réponse tient en 9 lettres : ALLEMAGNE

Si Manchester a contribué dans les années 80 à populariser l’Acid House et la Techno en Europe en invitant des artistes de Chicago ou de Détroit au sein de l’Hacienda, l’Allemagne peut également être considérée à juste titre comme le berceau de la culture techno européenne. Après la chute du mur en 1989, Berlin voit les soirées techno underground pousser comme des champignons et les clubs s’installer plus ou moins durablement au sein d’entrepôts désaffectés. En 1988, l’UFO ouvre ses portes dans un sous-sol de Kreuzberg, suivi 2 années plus tard par le Trésor.  Les fondations de la culture électronique berlinoise adulée par les technophiles du monde entier sont posées !

Dès lors, alors que la scène techno officielle strasbourgeoise s’appauvrit de mois en mois, on trouve de l’autre coté du Rhin, un nombre croissant de clubs issus de cette expansion musicale berlinoise, encore très peu touchés par la répression, et permettant d’aller s’immerger des nuits et des journées entières dans ces fêtes sans fin. 

Une magnifique aubaine pour les teufeurs frontaliers, qui, à l’issue d’un cheminement nocturne s’apparentant parfois à un vrai jeu de piste, peuvent aller assouvir leur soif de décibels. 

Je n’entrerai pas dans la description de l’ingéniosité qu’il fallait déployer à l’époque pour aller faire la fête de l’autre coté du Rhin. Mais pour t’en donner malgré tout un aperçu, petit Padawan, sache simplement que pour trouver les clubs ou les soirées, nous n’avions ni internet à la maison, ni smartphone dans la poche, ni gps dans la voiture ! Nous devions changer nos Francs en Deutschmarks pour pouvoir s’acheter en route du Redbull alors interdit en France ! Et les vraies frontières physiques existaient encore ce qui nous obligeait à montrer patte blanche aux postes de douane à l’aller ET au retour de la soirée… !

Parler de TOUS les clubs présents à l’époque poserait un réel problème de place dans cet article et je vais me contenter d’évoquer les lieux les plus proches de la frontière strasbourgeoise, et ouverts avant les années 2000. Merci de me pardonner le fait qu’ils n’y figurent donc pas tous, sachant que mes souvenirs propres ne concernent qu’une petite dizaine d’entre eux et que les archives ou renseignements fiables concernant des lieux disparus il y a plus de 20 ans sont rares, voire inexistants !


L’OKTAN (Emmendingen)

Lorsqu’on évoque cette époque bénie, l’Oktan est très souvent le lieu  qui revient en premier dans le discours des tout premiers fans de Techno. Et pour cause ! Cet endroit incroyable, installé dans un ancien atelier de réparation automobile, est resté ouvert de 1992 à 1997 et constitue pour beaucoup d’entre nous le club du premier vrai frisson électro. Le sound system d’une qualité et d’une puissance incroyable, l’énergie humaine de ce lieu magique, et la sensation unique de se savoir appartenir le temps d’un week-end à une culture et à un monde réellement à part, sont des sensations inoubliables pour la plupart d’entre nous. 

A coté de ses résidents (Tranmaster et UpArt), l’Oktan a booké des Djs encore « débutants » et devenus incontournables depuis. Josh Wink, Laurent Garnier, John Aquavivia, Felix da Housecat et un paquet d’autres, y ont mixé à plusieurs reprises. Carl Cox nous y a mis un jour une énorme claque avec un set sur 4 platines, alors que son nom n’évoquait encore pas grand-chose pour la plupart d’entre nous. 

Dans la salle principale du club, résolument Techno et Acid-Transe un avion de chasse soviétique offrait ses ailes aux danseurs qui le souhaitaient ! Plus de place sur les ailes de l’avion ? Qu’à cela ne tienne, il suffisait de monter sur le toit de la Cadillac qui faisait également partie du mobilier et office de piste de danse. «  Il y avait aussi une Cadillac sur laquelle on dansait comme des fous, comme sur les ailes de l’avion d’ailleurs, c’était fou, en y repensant, c’était quand même assez haut, et perchés comme on était, c’était limite dangereux ! Ce ne serait plus possible maintenant coté sécu, mais quel pied ! » (Reno) 

Une petite salle en sous-sol fermait un peu plus tard que la grande et offrait à ses adeptes des beats Acid-House jusqu’au petit matin. 

Si les flyers de l’époque indiquaient officiellement une fermeture à 5h, il n’était pas rare que le club ferme beaucoup plus tard. Cette prise de liberté sur les horaires, cet afflux de véhicules et ces allées et venues régulières de plus en plus nombreuses ont causé la perte de ce club. En 1996, un collectif d’habitants d’Emmendingen se regroupe et obtient des autorités un avancement de 2h de l’horaire de fermeture. L’Oktan, pourtant plein à craquer tous les week-end doit désormais mettre tout le monde dehors à 3h du matin ! Beaucoup trop tôt pour les amateurs de Techno, qui petit à petit se détourneront de leur club fétiche pour aller passer leurs soirées dans des endroits à la fermeture plus tardive. En avril 1997, l’Oktan ferme définitivement ses portes, laissant un vide qui ne sera jamais réellement comblé dans le coeur de ses premiers fans.

L’Oktan

LE JAILHOUSE (Achern)

Ce petit club « confortable » ouvert en 1995, a permis à Monika Kruse, Chris Liebing et Ellen Allien de parfaire leur technique aux platines et de se faire connaitre dans la région alors qu’ils n’étaient encore que des jeunots ! 

Entre les sets de ces stars en devenir, les résidents Sintex, Underdo et Rico Maserati tenaient les 2 dancefloor en haleine du début à la fin. La taille humaine du club permettait régulièrement de trinquer avec les guests qui n’hésitaient à se mélanger à la foule avant et après leur set ! 

La puissance du son se ressentait avant même d’arriver sur le parking et faisait trembler les murs et le sol à proximité du bâtiment ! Une fois passées les portes du club, il fallait suivre un couloir le long duquel étaient disposées des alcôves sous forme de cages à barreaux (Jailhouse = Prison), équipées de canapés et de tables basses accessibles à tous. Très souvent, une petite table était posée à l’entrée du couloir, sur laquelle reposaient des dizaines de schooters de vodka fraise ou vodka menthe, gracieusement offerts à chaque client entrant dans le club !

Le Techno Floor à la déco sombre et très industrielle, permettait de mettre les corps et les tympans à rude épreuve des heures durant. Pour une ambiance plus House et colorée, il suffisait de se rendre dans la salle voisine, qui proposait un 2e floor équipé d’une vraie fontaine autour de laquelle il était possible de poser nos popotins pour un moment ou pour toute la soirée ! L’espace était décoré avec des fleurs et des palmiers artificiels, et le bar agrémenté de notes métalliques et argentées acidulées, donnant à l’ensemble un look décalé ultra kitsch, mais au final parfaitement en accord avec l’endroit.

Lorsque le Jailhouse fermait au petit matin, il était possible de parcourir une centaine de mètres et de se rendre à l’after du Métropole et son dancefloor pouvant s’ouvrir sur un bassin ! 

Le Jailhouse a fermé définitivement ses portes en 2003. 

JAILHOUSE-TAUCHER
Taucher, Jailhouse 1996

LE REAKTOR (Bühl) 

Le Reaktor, ouvert en 1997, a constitué le paradis des amateurs de Transe et de Hard-House pendant 5 années en y accueillant des pointures du genre. 

Tiesto (dont le cachet pour une soirée de nos jours est d’environ 250 000 € et dont les revenus avoisinent les 30 millions d’€ par an) y a été booké en 1998 pour un cachet de 1800 Dm (soit environ 900 € actuels) et pour y jouer juste après le warm up en prélude au guest principal !

Ce club était assez original en de nombreux points. En premier lieu, pénétrer à l’intérieur du Reaktor donnait l’impression d’entrer dans un vrai réacteur d’avion disposé à l’entrée de la boite, avec des lumières tournantes tout autour du centre. A l’intérieur, fumigènes et lights très étudiés conféraient à l’endroit une ambiance unique. Sur les podiums, de talentueuses gogo-danseuses ultra-sexy et complètement décalées nous donnaient l’impression d’être dans l’un des meilleurs clubs d’Ibiza ! Sur la piste, des looks à l’époque très innovants et propres à la culture techno allemande s’exprimaient dans toute leur splendeur : cheveux décolorés (et recolorés en rose, vert, jaune ou bleu), coiffures à picots, pantalons pattes d’éph, Buffalos à semelles de 10 cm,  torses nus luisants, piercings (encore assez rares à l’époque), tétines fluo en plastique accrochées autour du cou, Chupa Chups (et leur bâton mâchouillé jusqu’à n’être plus qu’un bout de plastique informe ) …

Au bar, la consigne du verre était constituée d’un petit triangle en métal aux couleurs du club, devenu depuis un collector inoubliable présent dans la boite à souvenirs de beaucoup d’ex Reaktor-Lovers ! 

REAKTOR-CONSIGNE
Jeton-consigne du Reaktor

Le Reaktor a définitivement fermé ses portes le 20 juillet 2002. Mais sous l’impulsion d’Olaf, son boss de l’époque, les amateurs de Transe peuvent régulièrement se retrouver lors des soirées « Reaktor On Tour », remettant aux platines les résidents de l’époque. (Talla 2xlc, Tandu, Allan Mc Loud)

Reaktor (2000)

LE V8 (Lahr) 

Sven Väth a inauguré les platines de cet incroyable endroit en 1999.

Ce club construit sur une ancienne base militaire canadienne et rasé un beau jour :(( par les buldozers, a proposé pendant quelques années des afters qui se terminaient que lorsqu’il n’y avait plus personne sur la piste (en général le dimanche dans la nuit, voire le lundi matin ).

Les souvenirs du V8 s’articulent essentiellement autour de l’incroyable sensation de bulle de liberté qui y régnait, de son espace extérieur équipé de canapés confortables avec de vrais feux brûlant dans des tonneaux en métal, et de la sécu assurée par Wolf, le Hells Angel et son impressionnante équipe de videurs-bikers ! 

L’état d’esprit de ce club est assez bien résumé par Matthieu : « Je me souviendrai toujours d’un dimanche matin au V8, il devait être 11h, quand la polizei a encerclé la boite et que tous les motards nous ont confinés à l’intérieur pendant des heures … rien à fiche !  on a continué à danser jusqu’au soir  :):) » 

V8 - LAHR
Le V8

LE PLANET (Schutterwald)

Ce club, construit dans un entrepôt à la décoration et l’aménagement très rudimentaire, et situé juste à l’entrée de la petite ville de Schutterwald, résonne encore pour beaucoup d’entre nous comme le lieu indissociable des afters du samedi et du dimanche. S’il était le point de chute de la plupart de celles et ceux qui sortaient au petit matin des clubs situés à proximité, il accueillait aussi des danseurs tous beaux, tous frais, tous propres,  qui s’y rendaient en sortant du déjeuner dominical familial pour une bonne séance destinée à brûler les calories du Baekehoffe de Mamie. 

Céline : « Les potes me cherchaient le dimanche matin chez mes parents. Je leur disais qu’on allait pique-niquer. Changement de vêtements et maquillage dans la voiture et zou ! C’était parti ! »

Particularité de l’endroit ? La fête se tenait autant dans les voitures sur le parking qu’à l’intérieur du club, suscitant inévitablement des regards remplis d’incompréhension de la part des familles allemandes qui passaient régulièrement en vélo sur la piste cyclable qui longeait le parking. Le dj-booth accueillait fréquemment de jeunes djs français (Alex Atlhas et Rodg’ pour ne citer qu’eux) pour des sets acid-house et transe qui ne se terminaient que très, très tard le dimanche soir. 

Je n’ai pas trouvé d’infos sur les dates d’ouverture et de fermeture, mais peu importe ! Poussée par la curiosité et par une pointe de nostalgie, je suis retournée sur place l’année dernière et j’ai constaté que le bâtiment quoique un peu défraichi existe toujours ! 

Shutterwald
Le bâtiment ayant accueilli les afters de Shutterwald

L’AUHOF (Freiamt)

Cette bâtisse à l’architecture typique, nichée le long d’une route forestière en pleine Forêt-Noire et qui accueille depuis 2000 un club libertin, fait penser à une pension de vacances familiale, mais constituait à l’époque un meeting-point régulier pour l’after du dimanche après-midi. L’accueil chaleureux du propriétaire Helmut, qui offrait des fruits et autres gourmandises sucrées aux clients encore debout, ainsi que les sets pointus des Dj présents, faisait de cet endroit un lieu convivial et hors du temps, duquel on ne ressortait que des heures plus tard ! Dj Alex (aujourd’hui connu sous le nom d’Atlhas) a été le premier Français à y être résident !

AUHOF - FREIAMT

LE YALTA (Waltembourg)

Si j’ai choisi de faire figurer le Yalta dans cet article alors que Waltembourg est en France, c’est que ce club fait immanquablement partie des clubs qui ont marqué la jeunesse de beaucoup d’entre nous. 

En 1994, ses 2 fondateurs, Vincent et Jacky, récupèrent 2 avions de chasse en provenance des Etats-Unis et de Pologne, les installent sur un terrain près de Phalsbourg, et construisent tout autour un bâtiment fait de béton, d’agglos et de tuyaux d’aération apparents, cassant ainsi tous les codes des discothèques ordinaires. Le Yalta, « temple de l’avant-gardisme et de l’extravagance et véritable sanctuaire de la musique électronique » était né !  

La déco tranchait vraiment avec ce qui se faisait à l’époque : l’omniprésence du métal et du béton donnait à l’espace un aspect industriel très novateur. Des grillages en métal séparaient les toilettes, elles-même surmontées d’un véritable missile (à la ligne très phallique), qui collait parfaitement à l’atmosphère si spéciale de l’endroit. 

Chacun d’entre nous ayant passé au moins une soirée dans cette discothèque mythique aurait un souvenir différent à raconter, mais pour ma part, je préfère écrire que «ce qui se passait au Yalta doit rester au Yalta !». Rappelons simplement que la piste de danse était surmontée d’un lit accessible durant toute la soirée, sur lequel clients gays ou hétéros, gogos et drag Queens se livraient à des chorégraphies plus ou moins décentes, dans des tenues vestimentaires qui pouvaient aller du simple string, short en vinyle ou harnais de cuir noir, au costume à paillettes digne des plus belles danseuses du carnaval de Rio. 

Même si le Yalta bookait parfois des artistes renommés (Rolando, Monika Kruse), la véritable âme musicale de l’endroit était due au talent de son résident Jürgen, et à ses sets mêlant habilement House, Transe et Techno ! Le tout constituait un vrai régal par les oreilles, les yeux, l’esprit et le corps tout entier !

Et puis, il est des noms qui, s’ils ne sont pas évoqués directement dans cet article, évoqueront probablement des souvenirs à certains d’entre vous : l’Illegal (Breisach), L’Arche (Waldkirch), le Parkhaus (Kenzingen), le Gummi Bear et l’Atlantis, tous ces lieux ont marqué durablement les esprits de la plupart des acteurs du monde de la nuit d’hier et d’aujourd’hui. Djs, organisateurs de soirées, collectifs, patrons de bars et de clubs et clubbers, ont insufflé leur énergie de l’époque pour faire vivre ces endroits disparus, mais entrés depuis dans la légende. Et certains y ont aussi puisé des idées qui les ont aidé à façonner les contours du clubbing d’aujourd’hui. Mais cette histoire là, je ne la raconterai pas car tu la connais déjà … !

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