Des scénographies végétales, des sourires, du groove et de la passion. Voici la recette ordinaire du succès d’un groupe qui ne l’est pas tant que ça.

A Strasbourg, si les amateurs de techno ont trouvé leur paradis avec l’arrivée du KALT, les amoureux des sonorités house cherchent encore leur haut lieu, particulièrement depuis la fermeture de la célèbre péniche du Rafiot l’été dernier.

Mais les strasbourgeois sont plutôt du genre entreprenants, et comme souvent, la résistance est venue de l’intérieur… Après tout, on est jamais mieux servit que par soi-même ! Rony, Big Freak, El Kazed et Theodore sont les dignes représentants de cette jeunesse en quête de fraicheur. Décidés à s’offrir la teuf qui leur correspond, les quatre amis ont pris la nuit par les cornes en janvier 2019, en créant le collectif Ordinaire.

Un an plus tard, les quatre mousquetaires sont devenus les fiers représentants de la scène house locale. L’année passée, on les a retrouvés derrière les platines du KALT, au Longevity Festival (off #2) ou à la Kulture, mais pas que ! Les 4 potes ont organisé trois soirées, dont une au Stride et au Pavillon Joséphine, et se sont offert des invités de marque avec Marcel Vogel, Jeremy Underground ou encore Dan Shake.

Je suis allé rencontrer le quatuor le plus détonnant de la ville alors qu’ils se préparaient pour leur soirée de vendredi dernier, au tennis club de Strasbourg.


En quelques mot, comment est né le projet Ordinaire ? 

Thomas /

On a créé l’asso il y a un an et demi, pour plusieurs raisons à vrai dire. Avec Rony, on faisait déjà des soirées au Rafiot par le passé, plutôt orientées house et disco. Au bout d’un moment, on a fait le constat qu’il n’y avait pas beaucoup de teufs dans cet esprit sur Strasbourg, à part quelques clubs locaux qui diffusent de la house occasionnellement. On s’est dit que ça pourrait être cool d’organiser des soirées à l’extérieur, c’est comme ça que c’est parti. 

Rony / 

On voulait se rapprocher de toute la partie organisationnelle, ne plus s’arrêter au booking d’un artiste mais proposer un vrai événement, avec un bar, une ambiance, une direction artistique

Theo /

C’était aussi une époque où il y avait de moins en moins de soirées privées. Closely commençait à s’arrêter et à part les quelques évènements de Contretemps en juin, il se passait plus grand chose le reste de l’année. On a toujours apprécié ces soirées, et c’était important pour nous de nous positionner là dessus, de nous prouver qu’on avait les qualités pour le faire.

Vous me faites un petit tour de table ? 

El Kazed / 

Je suis le dernier venu, j’ai rejoins l’asso en mai dernier lors de la soirée avec Dan Shake au Stride. On avait passé quelques galettes ensemble au Rafiot et lors de quelques autres soirées. Nos univers musicaux coïncidaient bien. Au début, j’ai rejoins l’asso pour un coup de pouce logistique, j’avais une micro expérience d’organisation de soirée acquise en Belgique où j’ai fait mes études. On a agrandi le cercle et j’ai rejoins ces 3 lascars, j’ai fait une soirée en tant que bénévole puis j’ai commencé à mixé avec eux. 

Rony / 

Avec Thomas et Theo, on est là depuis le début, on a saisi l’ouverture tout de suite après nos soirées au Rafiot où l’on jouait avec Thomas, on a fait notre premier évènement au pavillon Joséphine en janvier 2019.

Theo / 

J’étais quasiment à toutes les soirées qu’ils ont fait, même avant Ordinaire, je les connais depuis presque 10 ans. Je m’occupe de toute la partie logistique et particulièrement de l’organisation du bar, parce que je suis celui qui a le plus d’expérience là dedans. 

Quel regard vous portez sur l’évolution de la scène house strasbourgeoise ces dernières années ?

Rony / 

C’est difficile à dire. Le problème, c’est que peu de collectifs ou d’associations orientées house music se sont créées. Il y a quelque chose de positif qui se passe avec ODC, une belle ouverture au niveau des DJs. Après, niveau clubs c’est très limité, il n’y a plus que le KALT et la Kulture, personne ne se mobilise pour enrichir l’offre. Il y a clairement un public et un potentiel, mais difficile de parler d’évolution quand il ne se passe pas grand chose.

El Kazed / 

Quand je suis arrivé sur Strasbourg il y a 3 ans, j’ai assisté un peu au déclin du truc puisque le Mudd et le Rafiot ont fermé peu de temps après. C’est vrai qu’en tant qu’amateur de house, il n’y avait plus grand chose comme proposition. 

Theo / 

Avant de monter Ordinaire, on voyait toujours les mêmes têtes quand on sortait à Strasbourg, il y avait une espèce d’émulsion, comme une grande famille. Beaucoup de cette époque là ont commencé à mixer, à monter des collectifs, c’était un peu un berceau et un stimulateur de productivité. On retrouve un peu ça à la Kulture maintenant. C’est cool parce que ça donne naissance à des projets sympas, mais ça a aussi ses limites, on peut vite tourner en rond à trop rester dans une bulle. 

Comment vous expliquez que la techno puisse avoir son haut lieu à Strasbourg avec le KALT, alors que la house, musique de la fête par excellence n’a pas son fief en ville, et doit se contenter de quelques dates éparpillées proposées par des collectifs, vous en l’occurence. 

Thomas / 

J’imagine que la proximité avec l’Allemagne y est pour quelque chose. La techno berlinoise a ses adeptes ici. Si tu vas plus à l’ouest en France, tu as les influences de l’Angleterre et la scène house est plus développée.

Rony /

Cependant, je pense qu’il y a un public en demande. On le sent quand on organise nos soirées, en discutant avec les gens qui viennent. On peut sentir qu’ils sont contents d’avoir une proposition qui varie un peu, avec de la funk, de la soul, de choses qui groove un peu plus. 

Théo / 

C’est une autre approche de la teuf, que ça soit au niveau de la scèno, de l’ambiance, de la lumière. Il y a quelque chose de plus chaleureux dans le soirées house, plus joyeux. Je pense qu’il y a matière à créer quelque chose, il faut juste se lancer. 

Justement, j’ai l’impression que dans une soirée techno, on ne retrouve pas forcément les codes que vous évoquez, il y a une manière très différente d’aborder la teuf. 

Theo / 

En effet, même au niveau de la danse ce n’est pas pareil. La house-dance c’est une pratique qui existe, il y a un coté très gestuel, ça se danse avec tout le corps, il y a quelque chose qui te traverse et que tu as envie de partager. La techno, c’est plus au niveau des pieds et de la tête que ça se passe, c’est plus individuel.

A Strasbourg, de plus en plus de warehouse et de clubs s’installent en périphérie alors que des établissements au centre ville mettent la clé sous la porte. Qu’est ce que vous pensez de ce décloisonnement des lieux de vie nocturne ?

Rony / 

Strasbourg est une ville assez bien desservie, ça ne met pas le public dans l’embarras que les lieux s’exportent à l’extérieur du centre, au contraire ça nous permet de faire des teufs plus débridées, sans risques des problèmes avec le voisinage, et de pouvoir bénéficier de tarifs de location moins élevés. 

Theo / 

Au contraire, je pense que les gens aiment bien l’idée de bouger du centre ville. Tu fais 3 ou 4 arrêts de tram et t’es dans un lieu qui déboîte. On ne voit aucun souci à ça. Les gens n’ont pas peur de faire 15 min de trajet pour une soirée si on leur propose quelque chose de correct. 

El Kazed / 

La nouveauté créé la curiosité. Le lieu est très important, surtout à Strasbourg, les gens veulent être surpris. Quand on dit qu’une soirée va avoir lieu au centre ville, tu sais déjà que ça va finir tôt, que les voisins vont pas apprécier. A part le rafiot il n’y avait rien qui fermait après 4 h du matin avant. 

Rony / 

Phil, l’ancien patron du Mudd avait fait un truc au Schutzenberger il y a quelques temps. A 3 h du matin il y avait les flics et les voisins. En tant qu’organisateur, ça donne pas envie de faire des trucs au centre. 

Qu’est ce que vous pensez de l’offre en matière de musique électronique à Strasbourg ? 

Thomas / 

On a passé différentes phases ces dernières années. A un moment, il y avait la Kulture, Le Rafiot, le KALT, le Mudd et en plus les soirées privées. Il y a des week-ends où tu ne savais même plus où donner de la tête. maintenant ça c’est bien décanté, je trouve qu’on arrive à un équilibre qui fonctionne bien.

Rony / 

Je suis d’accord, je trouve que l’offre s’est stabilisé de la bonne manière. Il faut laisser le temps à la ville de se remettre de tout ce qu’il s’est passé avant, laisser passer une année, c’est un peu précoce de tirer des conclusions maintenant.

Theo / 

Je trouve aussi que l’offre est bien segmentée aussi. On sait qu’en juin il y a contretemps, Longevity sur la fin de l’été, Ososphère en hiver, le KALT est ouvert juste le samedi. Chacun à ses spécialités et ses caractéristiques, ça permet d’avoir une bonne visibilité sur l’agenda et de bien choisir ses soirées. 

Votre meilleur souvenir depuis la création d’Ordinaire ? 

Rony /

Quand on a ramené Jeremy Underground au Stride l’an passé. De pouvoir l’inviter et qu’il accepte de venir, c’était un peu un rêve. C’est un peu lui avec Thomas qui nous a fait écouter ce genre de musique, garage, house 90’s. On a pu jouer à ses cotés, il à adoré la soirée il ne voulait plus partir. 

Des projets à venir ?

Ordinaire /

On a pas mal de choses de prévues pour 2020 ! Bass Couture nous invite le 15 février à jouer au DMC à Mulhouse avec un line-up qui s’annonce bien sympa (+ d’infos prochainement) !

On fait aussi venir la prometteuse AliA à La Kulture le 7 mars. Elle vient tout droit de Belgique et elle propose des sets très groovy, à ne louper sous aucun prétexte

Plusieurs projets sont en cours de notre côté aussi, le mieux est de rester à l’affut sur notre page Facebook.

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